Toi, mon coup de foudre, mon amour fou depuis plus de dix ans. Toi, avec tes couleurs qui explosent, tes rythmes qui font battre mon cœur, tes paysages qui me coupent le souffle. Toi, qui m’as ensoleillée l’âme dès le premier regard & qui ne m’as plus jamais lâchée.
Aussi loin que je me souvienne, je t’ai toujours aimé sans te connaître & j’étais loin d’imaginer qu’un jour j’allais fouler ton sol et pas qu’une seule fois ! Mais avant les voyages, avant les plages & la samba, il y a eu elle.
Une femme rencontrée sur un réseau social il y a quinze ans, et qui allait devenir l’une de mes plus chères amies. Ce qui nous a réunies ? Tania Maria, magnifique pianiste & chanteuse brésilienne, dont la voix et les doigts sur les touches m’avaient foudroyée un soir d’été 83, sur une terrasse à Saint-Germain chez un ami marseillais.
Un coup de foudre musical qui ne m’avait plus jamais quittée. Tania était depuis des décennies son amie, elle est devenue la mienne. Quel merveilleux cadeau..
Elle, elle t’aimait follement, passionnément, comme on aime une évidence, une patrie de l’âme, & toi, Brésil, tu étais sa terre de salut, celle qui la remettait sur les rails de la vie dès qu’elle en avait besoin. Même son prénom semblait prédestiné : Sylvia.
C’est par elle que je t’ai vraiment découvert, par ses yeux que je t’ai d’abord aimé, par ses mots que tu t’es glissé en moi avant même que j’aie posé le pied sur ton sol.
La vie vous offre parfois des rencontres qui bouleversent le reste de votre vie, Sylvia fait partie de ces rencontres...
Brésil, tu es cette lumière qui m’a éblouie dès que j’ai posé le pied sur ton sol à Rio de Janeiro… Avec Sylvia et sa pancarte « Frederiki » bronzée comme un pain d’épices, venue m’accueillir après 11 heures de vol. Tes plages infinies, où le sable est chaud & l’océan turquoise, où les vagues chantent une mélodie que je reconnais entre mille. Copacabana, Ipanema, ces noms qui me font sourire rien qu’à les prononcer.
Tu es cette musique qui pulse dans mes veines. La samba, la bossa nova… Ces rythmes qui me font danser même quand je suis seule dans ma cuisine, qui me rappellent que la vie est une fête, une celebração permanente.
Et puis, il y a ta voix, celle de Caetano, de Chico, de Elis, de Tania, qui me murmure des mots que je ne comprends pas toujours, mais qui me touchent droit au cœur.
Tu es ces gens qui m’ont appris ce que signifie l’accueil, la générosité, la joie de vivre. Ces sourires francs, ces étreintes chaleureuses, cette façon de me faire sentir chez moi alors que je ne suis qu’une gringa perdue dans ton immensité.
Tu m’as montré que la vie se partage, autour d’une caïpirinha, d’une feijoada, d’un rire qui résonne sous les palmiers, les pieds enfouis dans le sable chaud.
Tu es ces paysages qui me laissent sans voix. L’Amazonie, ce poumon vert qui respire la vie, où tout semble possible & où la nature est reine, mais que je ne connais pas encore.
Rio de Janeiro, toi, mon coup de cœur absolu, celui qui me fait battre le cœur plus vite. Tes cariocas, fiers, chaleureux & un peu fous. Ton incroyable & lumineux Carnaval, cette explosion de paillettes, de plumes, de tambours, où les écoles de samba défilent comme des reines, où tout le monde danse, chante, crie, où personne ne juge.
Cette ville est folle & magnifique, accrochée entre montagne et mer, où chaque quartier a son âme. Tu es ce décor de carte postale qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, vraiment !
Salvador da Bahia, si bien chanté par Moustaki. Bahia de tous les saints, où l’Afrique & le Brésil s’enlacent. Ses maisons du Pelourinho, roses, bleues, jaunes, vertes, comme un arc-en-ciel dévalant la colline & son histoire qui palpite dans chaque rue. Nosso Senhor do Bonfim (une émotion mystique pour moi d’une intensité rare & unique) perchée sur la colline sacrée & tes magnifiques Baianas, ces mères de la Samba, en robes blanches, leurs colliers de perles, leurs turbans fiers, leurs sourires qui illuminent les ruelles pavées. Tu es la voix de Caetano, de Gilberto, de Maria… qui chantent ta saudade, ta foi, ta révolte. Et tu es l’odeur du divin Acarajé et du bobó aux crevettes.
Jericoacoara & son petit village de pêcheurs fait entièrement de routes de sable. São Paulo, géante de béton & de rêves, ville qui ne dort jamais, qui pulse, qui gronde, qui électrise l’âme, impressionnante.
Tu es cette jolie langue qui chante, et qui m’a séduite dès les premiers «obrigada» et «saudade». Le portugais (brésilien), avec ses r qui roulent, ses mots qui dansent, qui et sonnent comme une mélodie. Même quand je le baragouine, même quand je fais des erreurs, tu me souris et tu me dis : «Tá bom, Frederiki, você está aprendendo».
Tu es cette saudade que je ressens dès que je te quitte. Ce mot intraduisible, ce mélange de nostalgie, de manque & d’amour, qui me serre le cœur chaque fois que je monte dans l’avion pour rentrer. Cette douleur douce de te savoir loin, mais cette certitude que tu m’attends toujours, avec tes bras grands ouverts, tel ton magnifique Christ Rédempteur perché sur son Corcovado. Tu es ce sable qui colle à ma peau longtemps après être partie, cette chaleur qui persiste dans mes os même sous la pluie parisienne. Tu es une étreinte qui dure, une étreinte qui me marque.
Tu es ces contradictions qui te rendent si vivant Brésil. Ton chaos organisé, tes inégalités qui me révoltent, ta capacité à rire face à l’adversité, ta foi inébranlable en la vie. Tu es à la fois le carnaval & la favela, la sagesse des anciens & l’énergie des jeunes, la tradition & l’innovation.
Brésil, tu es mon amour impossible & nécessaire. Celui qui me fait vibrer, qui me fait pleurer, qui me fait me sentir vivante comme nulle part ailleurs.
Celui pour qui je reviendrai toujours, même après cinq ans, dix ans, même après cent ans.
Merci de m’avoir transformée, de m’avoir appris à danser la vie, à aimer sans compter, à voir la beauté dans le désordre.
Merci d’être mon pays de cœur, celui qui bat en moi même quand je suis loin.
Te amo, Brasil. Valeu...
Frederiki
