Mes petits plis rebelles, mes sillons d’expression, mes cicatrices de vie, mes preuves que j’ai ri, pleuré, réfléchi, vécu & que je m’en fous royalement de ce que les autres en pensent (enfin, presque).
Ah, mes chéries, mes rides d’amour ! Vous êtes là, gravées sur mon front comme les lignes d’une carte au trésor : « Ici, Frédérique a trop réfléchi. Là, elle a trop souri. »
Et ce petit pli près des yeux ? Un fou rire avec des potes, deux bouteilles de bon vin plus tard. Vous êtes mon CV en 3D. J’ai aimé, détesté, espéré, désespéré & j’ai survécu à tout ça. Vous êtes mes médailles, mes badges d’honneur, mes « J’ai passé l’âge de faire semblant ».
Pourtant, on dit que vous êtes moches. Que vous vieillissez. Que vous gâchez tout. Comme si un visage lisse était le seul passeport acceptable pour exister. Comme si avoir vécu était une faute de goût.
D’ailleurs, ça me fait penser à The Substance, ce film glaçant et un peu dégueux, remarquablement interprété par Demi Moore. Elle y joue une star du fitness à la télé, virée de son émission parce qu’elle vieillit. Alors elle s’injecte un produit qui fait naître une version d’elle plus jeune, plus lisse, plus parfaite. Et tout dérape. Ce qui glace, ce n’est pas qu’on la condamne, c’est qu’elle finit par se haïr elle-même, par se faire la guerre, par se détruire pour un visage qui n’est plus le sien.
La morale de ce film, c’est que notre obsession pour la jeunesse est une prison. Que renier nos rides, c’est renier notre vie. Que la beauté n’est pas dans la perfection, mais dans l’authenticité. Et ça, c’est percutant comme un uppercut.
Vous êtes là mes rides, parce que j’ai vécu, bordel ! J’ai plissé les yeux sous le soleil du Brésil, de la Corse, de la Grèce, des Seychelles & j’en passe, froncé les sourcils en lisant des conneries dans les journaux, souri jusqu’aux oreilles en regardant mes enfants faire des conneries. Vous êtes la carte de mes émotions, chaque pli, c’est un fou rire, une colère, une nuit blanche, une larme essuyée trop vite.
Et ça, je trouve cela magnifique.
Mais la société a un problème avec les femmes qui vieillissent. On nous veut jeunes, lisses, souples, comme si notre valeur dépendait de notre date de péremption. Comme si après 40 ans, on devait disparaître poliment pour laisser la place aux nouvelles.
Mais non, mesdames et messieurs ! Nous ne sommes pas des yaourts, re-bordel ! Nous avons le droit de prendre de l’âge avec classe & panache, ne vous en déplaise. Une femme qui vieillit sans complexe, c’est une femme qui ne demande pas la permission. Et ça, ça dérange.
On voudrait qu’on reste des adolescentes, de jolies jeunes femmes jusqu’à la fin des temps. Alors on sort l’artillerie lourde : Botox, crèmes à 200 balles, filtres, chirurgie, tout le toutim ! Comme si vieillir était une maladie & non un privilège. Parce que bon, avouons-le, à 200 balles le pot, je préfère m’offrir un bon repas avec des amis ou un voyage au Brésil, tiens. Au moins, les rides que je ramènerai de là-bas, elles, auront du sens. Et puis, entre nous, si je dois choisir entre ressembler à une poupée en plastique ou à une femme qui a vécu, je prends la deuxième option. Même si ça signifie d’avoir des pattes d’oie qui pourraient rivaliser avec celles d’un canard.
À force de tout lisser, on finit par ne ressembler à rien. On efface nos émotions, nos expériences, notre histoire.
Vous êtes mon armure & ma vulnérabilité à la fois. Vous me rappelez que je suis vivante & pas juste un fantôme lissé par les filtres Instagram.
Moi, j’ai décidé (enfin) de vous assumer. Je vais vous montrer fièrement, comme des récompenses. Je vais vous hydrater, parfois avec des crèmes à 200 balles (parce que quand même, faut pas déconner !), mais je ne vais pas vous effacer.
Je vais rire encore plus fort pour que vous dansiez davantage. Je vais me regarder dans le miroir en me disant : « Regarde-moi ça, ma vieille, tu as une gueule de vie, une vraie gueule de vie & tu peux être fière ! »
Et quand on me dira : « Tu devrais faire quelque chose pour ça… » Eh bien, je répondrai, très inspirée : « J’ai déjà fait quelque chose : j’ai VÉCU ! » Et franchement, c’est bien mieux que le Botox…
Alors vive les rides, les pattes d’oie, les sillons du rire & les plis de la colère ! Vive cette peau qui raconte une histoire, cette peau qui a osé exister pleinement.
Et si un jour on me propose de les effacer, je répondrai simplement : « Non merci. »
Pas par militantisme. Pas pour faire un discours.
Juste parce que j’ai enfin compris que vieillir, c’est le seul luxe que l’argent ne peut pas acheter. Et que mes rides, elles, sont à moi. Vraiment à moi. Personne ne me les a données, personne ne me les enlèvera.
Elles sont la preuve que j’ai été là.
Et ça, c’est bien suffisant.
Frédérique
