Tu es arrivée un jour, comme une évidence ou comme une question qui ne voulait plus partir.
« Et si… ? » Cette petite phrase qui a tout changé. Ce désir, parfois doux, parfois obsédant, parfois flippant, qui te fait imaginer des petits pieds qui courent, des rires qui résonnent, une vie qui se transforme.
J’avais 24 ans et j’étais si jeune, mais tellement déterminée…
Et c’est arrivé, j’attendais un bébé et tu avais déjà changé ma vie. Tu as été là, dans mon corps, dans mon cœur, dans mes pensées, dans mes projets. Et puis, un jour, tu n’étais plus là. Pas comme je l’imaginais. Pas comme je l’espérais. Tu es parti naturellement. C’était tellement douloureux de te perdre. Mais j’ai compris que ce ne devait pas être le bon moment…
Et il y a eu cette deuxième grossesse. Pleine de craintes et d’espoir.
Ah, la grossesse ! Ce mélange de magie et de chaos. D’abord, il y a eu les tests, les attentes, les « Et si ça ne marche pas ? », puis le « Oh, c’est positif ! » suivi d’un « Oh merde, c’est positif ! ». « Et si cela recommençait, si tu repartais ? »…
Mais tu es resté. Et là, c’était parti pour neuf mois de montagnes russes.
Les nausées, ces petites visites matinales (et parfois toute la journée) qui te rappellent que ton corps n’est plus tout à fait le tien. Que tu es habitée. Les envies bizarres : « Minou, il me faut des cornichons, un burger et de la brioche, MAINTENANT !!! »
Les hormones qui te font passer du rire aux larmes en deux secondes. Le ventre qui s’arrondit, les seins qui gonflent douloureusement, les mains et les pieds aussi…
L’attente si longue et qui n’en finit pas et surtout, cette question existentielle : « Comment un être humain peut-il sortir de là ?! Je n’y arriverai pas, pas moi ! »
Et puis, un jour, tu arrives, mais tu prends un temps fou. Juste le temps que je hurle « Maman, au secours !!! », que je veuille tuer tout ce qui bouge tellement ça fait horriblement mal, et qu’on me laisse “agoniser” parce que ce n’est pas encore le moment.
Et quand enfin tu es là, on m’annonce, l’air de rien, qu’on a « un peu coupé ». Un peu. Là. Avec un petit scalpel, hein ??? Puis on me recoud comme un ourlet de pantalon, en me souhaitant bon courage pour mon premier pipi. Pendant des semaines, je me suis assise sur une bouée, comme une vacancière à la plage, sans la plage & mon sèche cheveux n’a pas séché que mes cheveux...
Et là, c’est le grand saut dans l’inconnu. Parce que personne ne t’a prévenue, personne, même pas ta mère ! Tu n’étais pas préparée à ce bouleversement. Pas vraiment. Même après avoir lu tous les livres sur la parentalité, écouté tous les conseils des concernées, acheté tout le matériel.
Tu apprends très vite que la Maternité, c’est l’amour inconditionnel : cette petite fille si fragile que tu rencontres pour la première fois et qui te fait fondre d’un regard, qui te donne l’impression que ton cœur pourrait exploser de bonheur. Cette fierté que tu ressens d’avoir « fabriqué » cette petite chose toute seule, celle qui s’est épanouie en toi.
Et puis, au troisième jour, la montée de lait. Personne ne m’avait dit que je me réveillerais avec deux pastèques en béton à la place des seins, brûlantes, dures comme du marbre, qui se mettent à couler dès que mon bébé pleure. Ou dès qu’un bébé pleure, n’importe lequel, au rayon surgelés.
Puis il y a l’épuisement : les nuits blanches, les tétées interminables, les « Mais POURQUOI tu pleures ?! » à 3 h du matin.
Le doute : « Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je suis une bonne maman ? »
La culpabilité, parce qu’énervée, épuisée, tu as crié sur ton bébé, parce-que, que tu avais envie de cinq minutes pour toi et que, sincèrement, tu te demandais ce que tu foutais là.
Et ce petit cadeau dont personne ne parle, la descente d’organes. Tu découvres que ton périnée, ce muscle dont tu ignorais l’existence, a démissionné sans préavis. Tu éternues, tu ris trop fort, tu sautes, et paf ! heureusement que tu avais prévu le coup de la double pampers adulte car l’humiliation est totale. Et là vient l’angoisse, car tu te demandes sérieusement si tout ça va remonter un jour. Alors on t’envoie chez une kiné qui te demande de « serrer un truc oblong et de faire comme si tu voulais pour retenir un pipi », pendant qu’une machine bipe pour te dire que tu serres mal. Une véritable aventure pas vraiment érotique.
Puis vient la découverte de soi : tu apprends que tu es plus forte que tu ne le pensais, plus patiente, plus créative, plus géniale à tous points de vue. Tu apprends aussi que tu peux fonctionner avec trois heures de sommeil et un thé froid. Une vraie winneuse fraichement mère !
Et il y a ces moments magiques :
Le premier sourire.
Les premiers mots.
Les éclats de rire qui résonnent comme une musique.
Les câlins délicieusement collants.
Les « Maman, je t’aime », « Tu es la plus belle ». Tout cet amour si vrai et innocent.
La fierté de la voir grandir, apprendre, devenir une bien jolie petite personne.
Maternité, merci pour ce merveilleux voyage. Même si c’est le bordel, même si c’est épuisant, même si le corps ne ressemble plus à rien, même si je n’étais pas préparée, parce que personne ne m’avait donné de mode d’emploi…
Pour finir, donner la vie est la plus belle aventure du monde. Celle qui te fait grandir, qui te fait douter, qui te fait aimer comme tu ne l’aurais jamais imaginé.
Et surtout, merci de m’avoir appris que je peux tout gérer… ou presque.
La preuve, j’ai mis le couvert 3 fois !
Frédérique
