LA LOYAUTE

Lettre à la Loyauté, ou comment j’ai appris à me choisir ?

Lettres à...
3 min ⋅ 07/05/2026

Loyauté. Un mot qui a le goût du granit & du miel à la fois.

Solide, rassurant, indéfectible. Un mot qu'on prononce avec une certaine gravité, parce qu'il porte quelque chose de lourd & de précieux en même temps. Quelque chose qu'on ne donne pas à la légère & qu'on ne reçoit pas sans émotion. Quelque chose de rare, finalement, dans un monde où tout va vite, où les gens changent de camp selon les vents & où les convictions se négocient parfois comme des actions en bourse.

Tu es vieille comme l'humanité, Loyauté. Tu es dans les codes des chevaliers, dans les serments des soldats, dans les promesses des amis d'enfance qui se jurent de rester proches pour toujours. Tu es dans les mariages, dans les amitiés qui durent trente ans, dans ces relations qui ont traversé les crises, les distances, les malentendus & qui sont restées debout malgré tout. Tu es ce fil invisible mais incassable qui relie les gens qui ont décidé, consciemment ou non, de se choisir encore & encore.

Tu n'es pas l'obéissance aveugle. C'est important de le dire, parce qu'on confond souvent les deux. La loyauté n'est pas de suivre quelqu'un les yeux fermés quoi qu'il fasse, approuver ses erreurs par solidarité, se taire quand il le faudrait parler. Ce n'est pas de la loyauté, c'est de la complicité passive. Ou de la lâcheté habillée en fidélité.

La vraie loyauté, c'est plus bien plus exigeante que cela.

C'est être là dans les moments difficiles, pas seulement dans les beaux jours. C'est dire la vérité à quelqu'un même quand cette vérité est inconfortable, parce qu'on lui doit l'honnêteté autant que la présence. C'est défendre quelqu'un en son absence, quand il ne peut pas se défendre lui-même, quand les langues se délient & que les rumeurs circulent. C'est choisir de rester quand partir serait plus simple, plus confortable, plus facile.

Tu es un acte quotidien, pas une déclaration ponctuelle. Tu ne te prouves pas dans les grands discours. Tu te prouves dans les petits gestes, dans la régularité, dans cette façon qu'ont certaines personnes d'être là, toujours, sans qu'on ait besoin de le demander, sans qu'on ait besoin de le mériter à nouveau chaque matin.

Je pense que tu es vraiment indispensable. Sans toi, Loyauté, rien de solide ne peut vraiment se construire.

Pas une amitié durable. Pas un amour profond. Pas une équipe qui fonctionne vraiment. Pas une famille qui tient. Pas une société dans laquelle on peut se fier aux autres. Tu es le ciment de tout ce qui mérite de durer. Sans toi, les relations restent superficielles, conditionnelles, fragiles. On se fréquente, on s'apprécie, mais on ne se fait pas vraiment confiance. Et sans confiance, tout reste en surface.

Tu donnes quelque chose de rare & de précieux : la sécurité du lien.

Cette certitude que quelqu'un est dans ton camp. Vraiment. Pas parce que c'est pratique, pas parce que tu peux lui être utile, pas parce que les circonstances l'arrangent. Mais parce qu'il a décidé de l'être. Cette certitude-là change tout. Elle permet de se montrer vulnérable, de prendre des risques, de traverser les tempêtes sans être seul. Elle permet de dormir tranquille, de partir en voyage sans inquiétude, de tomber sans avoir peur de ne pas être rattrapé.

Tu es aussi ce qui donne de la profondeur aux relations. Les relations loyales ont une histoire, une mémoire, une épaisseur. Elles ont traversé des choses ensemble, des joies & des douleurs, des désaccords & des réconciliations, des moments de grâce & des moments de crise. Et c'est précisément ça qui leur donne cette solidité particulière, cette qualité de présence que les relations récentes n'ont pas encore.

Et puis, tu donnes aussi un sens à ce que l’on est, ça c’est une évidence.

Être loyal(e), c'est une façon d'affirmer ses valeurs. C'est dire : je suis quelqu'un sur qui on peut compter. Je suis quelqu'un qui tient parole. Je suis quelqu'un qui ne change pas de camp quand les choses deviennent difficiles. Et cette identité-là, cette façon d'être au monde, elle nourrit l'estime de soi d'une façon que peu d'autres choses peuvent faire.

Toutefois, tu as tes pièges, Loyauté. Et ils sont sérieux…

Il y a la loyauté mal placée. Celle qu'on donne à des gens qui ne la méritent pas, qui en abusent, qui la prennent sans jamais la rendre. Cette loyauté-là devient une prison. On reste fidèle à quelqu'un qui nous trahit, on défend quelqu'un qui nous ment, on sacrifie d'autres relations pour préserver celle-là, par habitude, par peur, par cette conviction que la loyauté se doit d'être inconditionnelle. La loyauté sans limites devient un piège : pour soi, pour les autres.

Parce qu'elle peut nous rendre complice de comportements inacceptables. Parce qu'elle peut nous maintenir dans des relations toxiques au nom de la fidélité. Parce qu'elle peut nous faire taire quand il faudrait parler, rester quand il faudrait partir, donner quand il faudrait se protéger. La loyauté saine a des limites. Elle s'arrête là où commence le mal fait aux autres, ou le mal fait à soi-même.

Parfois, la vraie loyauté envers soi-même demande de remettre en question certaines loyautés envers les autres. Et c'est l'un des choix les plus difficiles qui soit.

Je suis une femme loyale. Profondément loyale. Je le pense vraiment.

Quand j'aime quelqu'un, je suis dans son camp. Vraiment. Je défends, je soutiens, je reste. Même quand c'est difficile. Même quand ce serait plus simple de partir. Et cette loyauté-là, elle m'a apporté des amitiés qui durent depuis des décennies, des liens qui ont traversé des tempêtes & qui sont sortis plus solides de chaque crise.

Mais elle m'a aussi coûté cher, parfois. Elle m'a fait rester trop longtemps dans des situations qui ne me respectaient plus. Elle m'a fait taire des vérités qui auraient dû être dites. Elle m'a fait sacrifier mon propre confort pour préserver des liens qui, au fond, ne le méritaient pas toujours.

...

Lettres à...

Par Frédérique de Saint-Germain