Il y a un moment dans la vie, difficile à dater précisément, où on réalise qu'on a passé énormément d'énergie à ressembler à quelque chose. À la fille qu'on attendait qu'on soit. À la femme que la société avait dessinée avant même qu'on arrive. Au personnage qu'on a construit pour survivre aux regards, aux jugements, aux attentes des autres empilées comme des pierres sur les épaules.
Et puis un jour, on dépose les pierres.
Ce jour-là, c'est toi. Le Courage d'être soi. Pas le courage des grandes batailles, pas celui des héros qu'on célèbre. L'autre. Le plus discret et le plus difficile de tous : celui d'exister sans costume, sans permission, sans attendre que quelqu'un valide ce qu'on est.
Mais qui es-tu exactement ? Vaste question…
Je pense que tu es la décision, renouvelée chaque matin, de ne pas se trahir. De dire ce qu'on pense vraiment, d'aimer ce qu'on aime vraiment, de vouloir ce qu'on veut vraiment, même quand c'est inconfortable, même quand ça déçoit, même quand ça dérange.
C’est aussi, le courage de dire non, quand cela ne nous convient pas. Le courage de dire oui avec conviction. Le courage de se taire, si c’est nécessaire. Le courage de crier contre l’injustice. Le courage de poser enfin des limites et de ne plus accepter d’être maltraité par qui que ce soit.
Tu n'es pas l'arrogance. L'arrogance impose. Toi, tu existes, simplement, sans avoir besoin d'écraser personne pour avoir de la place. Tu n'es pas non plus l'indifférence aux autres. Tu es juste le refus de se dissoudre dans leur regard.
Vivre en accord avec ce qu'on est vraiment, plutôt qu'avec ce qu'on croit devoir être. Ce n'est pas une posture. C'est le travail de toute une vie.
Mais, tu es souvent rare… Parce qu'on nous apprend très tôt, le contraire. Sois sage. Sois polie. Ne prends pas trop de place. Ne fais pas de bruit. Souris même quand tu n'en as pas envie. Adapte-toi. Rentre dans la case. Et si la case est trop petite, c'est toi qui dois te plier, pas la case qui doit s'agrandir.
On apprend à performer l'approbation avant d'apprendre à se connaître. On apprend à séduire le regard des autres avant d'apprendre à se regarder soi-même. Et à force, on finit par ne plus très bien savoir où finit le costume et où commence la peau.
Te retrouver, toi, le Courage d'être soi, demande parfois de défaire des années de construction. C'est lent. C'est inconfortable. C'est le plus beau chantier qui soit.
Tu demandes d'accepter de ne pas plaire à tout le monde. C'est peut-être ta condition la plus exigeante. Être vraiment soi, c'est accepter que certains préféraient la version édulcorée, la version accommodante, la version qui ne dérangerait pas. Et que leur déception n'est pas une raison de redevenir quelqu'un d'autre.
Tu demandes de supporter le silence inconfortable de ceux qui ne savent plus quoi faire de toi, quand on cesse de jouer le rôle qu'ils nous avaient attribués.
Et tu demandes de se faire confiance. Profondément, durablement. Pas la confiance en soi des slogans de développement personnel. La vraie, celle qui dit : ce que je ressens est valide. Ce que je veux, compte. Ce que je suis, suffit.
Tu as tellement d’avantages. Tu offres la légèreté. Pas celle de l'insouciance, celle de ne plus porter le poids de ce qu'on n'est pas. C'est une légèreté qu'on ne mesure vraiment qu'après, quand on réalise combien on était lourd avant.
Tu offres des relations vraies. Les gens qui restent quand on cesse de se déguiser, ceux-là sont les bons. Ils aiment ce qu'on est, pas ce qu'on jouait. Ce sont des relations infiniment plus solides.
Et puis, tu offres la paix. Cette paix étrange et profonde de ne plus être en guerre contre soi-même. De ne plus se surveiller en permanence. De pouvoir s'asseoir dans le silence et s'y sentir en bonne compagnie.
Pour finir, tu es le numéro 200 des Lettres à...
Je t'ai réservé cette place-là parce que tu la méritais. Parce qu'au milieu de toutes ces lettres sur ce que les humains font de bien et de mal, de beau et de laid, il fallait un moment pour dire l'essentiel et ce chiffre rond te va bien. 200 sur 365 Lettres à… comme une étape clé.
Tout le reste, la résilience, la liberté, la grâce, la renaissance, tout ça commence ici.
Par le courage simple et radical d'être exactement ce qu'on est.
Ni plus. Ni moins.
Frédérique
