Lettre à mes amitiés d’enfance
A ceux & celles d’hier. Vous qui savez de quelle cour de récré je parle, de ces goûters volés dans la cantine, de ces serments sur des papiers froissés, où l’on s’écrivait « A la vie » ou ces petits carnets d’amitié lourds de secrets. De ces boums où l’on aimait en secret…
Certaines d’entre vous sont restées, comme des étoiles fixes dans mon ciel. D’autres ont disparu, comme des lucioles, brillantes un instant, puis avalées par la nuit. Je ne vous en veux pas. Vous m’avez appris que l’amitié, parfois, c’est une saison. Et c’est déjà beaucoup.
Chères amies ou peut-être devrais-je dire chères ombres… Je me souviens de nos étés, quand on croyait que rien ne nous séparerait jamais. On se jurait de se dire toujours la vérité, de se protéger, de grandir ensemble. Puis la vie a fait son œuvre : les déménagements, les silences, les non-dits qui se sont accumulés comme de la poussière sur une étagère.
Aujourd’hui, je comprends que l’amitié, ce n’est pas une promesse d’éternité, mais un choix qu’on renoue chaque jour. Avec certaines d’entre vous, j’ai laissé filer ce choix. Pas par manque d’amour, mais par peur de déranger, de constater que le temps avait changé nos vies. Avec d’autres, j’ai appris que même un message tous les six mois peut suffire à garder le fil intact, tant qu’il y a de la sincérité & de l’amour au bout.
Ce que je veux vous dire aujourd’hui, c’est merci. Même pour les amitiés qui se sont effritées, parce qu’elles m’ont appris que la confiance, ça se mérite, mais que, cela se perd aussi quand on oublie de la nourrir.
Frédérique
Lettre à mes amis (es) d’aujourd’hui
Vous, vous êtes entrés dans ma vie quand j’avais déjà des cicatrices & des certitudes. Vous n’avez pas craint mes silences, mes colères ou mes doutes, mes errances, mes diatribes, mes remises en cause.
Toi qui reconnaîtras « notre café », celui où on a pleuré, ri, et refait le monde en trois expressos. Toi qui portes toujours ce parfum qui sent l’été, même en hiver. Toi avec qui un simple « Alors ? » suffit à déballer presque 40 ans de vie.
Vous, vous êtes entrés (es) dans mon histoire quand j’avais déjà appris à me méfier des « pour toujours «. Pourtant, vous avez forcé les serrures avec vos « Je suis là » lancés comme des bouées, vos colères franches, vos silences qui en disaient plus que des mots.
Avec l’une, j’ai appris que l’amitié, c’est aussi savoir dire « non « sans que ça brise tout. Avec l’autre, que rire des mêmes bêtises à 62 ans, c’est un luxe.
Et avec une autre que parfois, un simple « ça va ? »peut sauver une journée.
Vous n’êtes pas comme les amitiés de mon enfance et c’est normal.
Vous êtes des choix, des rencontres qui ont survécu aux changements, aux épreuves. Et c’est ça, la magie : vous n’êtes pas là par hasard, mais parce qu’on a décidé, chacun (e) de notre côté, que cette amitié valait la peine d’être cultivée.
Vous m’avez montré que l’amitié, c’est comme un arbre : ça pousse lentement, mais les racines tiennent bon, même quand les branches se courbent sous le vent.
Ce que je veux vous dire, c’est merci.
Merci de m’avoir montré que l’amitié ne se mesure pas en années, mais en moments. Ceux où on se sent enfin chez soi, même à l’autre bout du fil.
Alors à tous ceux & celles qui sont partis & ceux et celles qui sont restées, ceux & celles qui reviendront peut-être et ceux & celles qui ne le feront pas : vous avez fait de moi la personne que je suis. Pas parce que vous étiez parfaits (es), mais parce que vous étiez vrais (es). Et c’est ça, l’amitié : un mélange de rien et de tout, de larmes et de fous rires, de silences et de confessions, mais surtout d’amour.
Je ne sais pas si vous lirez ces mots. C’est étrange, mais je ne le souhaite pas.
Peut-être que certaines souriront en se reconnaissant, d’autres hausseront les épaules. Peu importe. Ce que je veux vous dire, c’est merci. Merci de m’avoir montré que l’amitié, c’est comme un vieux pull : ça se distend, ça se bouloche, ça se raccommode, mais ça garde toujours sa douce & réconfortante chaleur.
Je vous promets de ne plus attendre les « grands moments « pour vous le dire. Parce que la vie, c’est maintenant.
Et vous, vous en faites partie, que vous soyez encore là ou juste dans mes souvenirs.
Frédérique
